Partenaires improbables: renforcer l'impact de la conservation en faisant équipe avec les «ennemis de la nature»

31.05.2018

La nature, où tout est interconnecté, est un brillant exemple de la puissance et de l’intelligence de la collectivité. Afin de remporter des succès et avoir plus d’impact, la communauté de la conservation devrait s'inspirer du monde naturel, dépasser les silos et solliciter de manière proactive même les partenaires les plus improbables, y compris les entreprises et l'industrie - écrit Jon Stryker, fondateur et président de la Fondation Arcus.

Les organisations environnementales travaillent ensemble pour protéger les forêts, la faune et la flore dans l'est de la République démocratique du Congo.

Si nous voulons atteindre notre objectif commun, celui de conserver la nature et vivre de manière durable sur la planète, le mouvement international de la conservation aura besoin d’actions collectives.

Bien que nos actions en tant qu'acteurs individuels ou organisations non gouvernementales dans le domaine de la conservation soient importantes, il est probable que nous obtiendrons plus d’impact si nous unissons plus efficacement notre travail et nos ressources à ceux des autres. Par « autres », je ne parle pas seulement des autres conservateurs. Je parle aussi des communautés autochtones, des activistes et même de partenaires industriels potentiels.

Nous devons faire preuve de plus de pragmatisme dans le choix de nos co-équipiers.

Bien qu'il puisse être inconfortable d'inclure des personnes que nous avons historiquement perçues comme des problèmes ou des obstacles à la résolution du conflit croissant entre les intérêts économiques et la nature, nous devons faire preuve de plus de pragmatisme dans le choix de nos  co-équipiers.

J'en suis venu à éprouver de fortes émotions à ce sujet au cours de plus de deux décennies durant lesquelles j'ai consacré du temps et des ressources à la conservation des singes, personnellement et de par mon rôle de Fondateur et Président de la Fondation Arcus. Très souvent, je vois des projets qui opèrent en autarcie - des projets montés par une seule personne ou une seule organisation - et je me demande si la coordination avec des partenaires, même improbables, n’aurait pas pu donner de meilleurs résultats et avoir un plus grand impact.

Dans l'ensemble, nous devons constamment nous demander si, en tant que mouvement, nous utilisons trop peu de ressources, nous ratons des opportunités en omettant d’inclure un partenaire qui aurait pu apporter un autre point de vue, si nous dupliquons les efforts ou même si entravons le succès d'autres projets de valeur. Les obstacles auxquels nous sommes confrontés ne peuvent pas être surmontés si nous continuons à travailler en vase clos,  en particulier lorsque nos projets sont regroupés dans la même région géographique.

Choisir des partenaires

Le monde de la conservation a longtemps hésité à travailler avec certains partenaires que l'histoire et la perception ont qualifiés d'ennemis de la nature, ou qui voient le monde sous un angle très différent. De nombreuses entreprises et organisations considèrent l'exploitation des ressources naturelles comme essentielle à leurs modèles d'affaires et à leurs gains économiques. Cela a souvent conduit à une réticence à s'engager avec ces entreprises et l'industrie en général.

En vilipendant les intérêts commerciaux, nous avons parfois laissé les entreprises médusées, mal informées et trop sur la défensive pour être de bons partenaires.

Certains voient dans tout partenariat avec le business du « greenwashing ». Mais clairement, il n'est pas réaliste d'imaginer un monde dans lequel les humains ne prélèveraient rien de la nature pour nourrir leurs familles, réchauffer leurs maisons ou se déplacer entre pays et continents. 

Les humains doivent consommer pour survivre, et en vilipendant ou en ignorant inutilement les occasions de prendre en compte les intérêts commerciaux, nous avons parfois laissé les entreprises médusées, mal informées et / ou trop sur la défensive pour être de bons partenaires.

Lorsque nous nous engageons à leurs côtés, de bonnes choses peuvent se produire, comme le géant de l'agroalimentaire Danone annonçant son ambition de devenir une entreprise à bilan carbone zéro dans toute sa chaîne d'approvisionnement, Bridgestone s'engageant dans une politique de « Non à la Déforestation, Non à l’Exploitation » et Cargill promettant de « progresser plus rapidement vers une chaîne d'approvisionnement mondiale en cacao transparente et permettre aux agriculteurs et à leurs communautés d'obtenir de meilleurs revenus et niveaux de vie, et de fournir un approvisionnement durable en cacao et en produits chocolatés ».

Les partenariats avec les entreprises peuvent aider à garantir que les chaînes d'approvisionnement de produits comme le cacao soient plus durables. Les partenariats avec les entreprises peuvent aider à garantir que les chaînes d'approvisionnement de produits comme le cacao soient plus durables. Photo: Irene Scott/AusAID CC2.0

Le commerce illégal de singes vivants fait partie du défi de leur conservation en Afrique et dans certaines régions d'Asie. Les jeunes singes sauvages sont capturés, engendrant souvent de nombreuses victimes au sein du groupe, et transportés dans des zones reculées (notamment en Chine, au Viet Nam, au Moyen-Orient et dans certaines parties de l'Europe de l'Est) pour devenir des animaux domestiques, être exhibés dans des zoos non accrédités, ou utilisés par l'industrie du divertissement.

Bien que l'accent ait été mis sur l'arrêt de la capture et du commerce illégal de singes (tous les singes sont protégés et leur meurtre ou leur capture est interdite par la loi), peu d'efforts ont été engagés pour améliorer les soins aux singes dans de tels endroits, et pour éduquer le public sur les dommages et la souffrance que les animaux endurent. Il est peu probable que ce commerce lucratif ralentisse avant que la demande cesse ; cela nécessitera de nouveaux partenaires et partenariats.

Relever le défi que la prolifération des infrastructures représente pour la durabilité nécessitera une réflexion radicale similaire. Les infrastructures (telles que les routes et les barrages) constituent la menace qui empiète la plus rapidement sur l'environnement, dont dépend la survie de milliers d'espèces, y compris celle des humains. Pour faire face à cette menace, nous devrons rassembler une coalition variée de partenaires aussi complexe que le système qui crée et perpétue le problème.

Cela signifie que nous devons dialoguer avec les ministres de l'économie mondiale, les investisseurs privés dans les infrastructures et les institutions financières telles que la Banque mondiale, la Société financière internationale (IFC) et la multitude d’autres créanciers. Ces partenariats peuvent ne pas être populaires auprès de tous les membres de notre mouvement, mais nous devons trouver le courage d'informer et d’inclure ces acteurs influents.

Un dialogue ouvert entre de nombreuses parties prenantes est nécessaire pour remédier aux impacts non-souhaitables des infrastructures. Un dialogue ouvert entre de nombreuses parties prenantes est nécessaire pour remédier aux impacts non-souhaitables des infrastructures. Photo: CC0

Comprendre les interdépendances

En tant qu'activistes et bailleurs de fonds, nous devons être transparents et ouverts sur notre travail afin que nous puissions tous apprendre les uns des autres et saisir les opportunités de collaboration.

En tant que principal bailleur de fonds pour la conservation des grands singes, notre fondation a souvent été approchée par plusieurs organisations qui tentent toutes de résoudre les mêmes problèmes, mais ne travaillent pas ensemble.

En connaissance de cause ou non, des organisations qui espèrent obtenir les mêmes impacts sont en compétition pour le financement et ratent ainsi l'opportunité de renforcer leur travail respectif en partageant des données et des idées. La fondation consacre maintenant régulièrement du temps à rassembler des groupes disparates afin qu'ils soient pleinement conscients du travail des autres et identifient les opportunités de progrès plus conséquents en travaillant ensemble.

Notre fondation a souvent été approchée par plusieurs organisations qui tentent toutes de résoudre les mêmes problèmes, mais ne travaillent pas ensemble.

Nous avons même financé des projets collectifs découlant de ce genre de dialogue. Un exemple concret est le Plan d'action pour la conservation (PAC) élaboré dans l'est de la République Démocratique du Congo (RDC), qui rassemble 10 acteurs de la conservation, ainsi que les communautés locales, les autorités des aires protégées et d'autres institutions gouvernementales.

Le PAC a été financé par Arcus en collaboration avec la fondation « The World We Want », et  l’agence  gouvernementale américaine « Fish and Wildlife Service », afin de soutenir un travail coordonné et collaboratif pour protéger les forêts et la faune, et contribuer à l'autonomisation et aux moyens de subsistance durables des communautés locales, vivant dans et près de la forêt.

Nous pouvons considérer la nature elle-même comme un modèle pour renforcer l'impact de notre travail de conservation, c'est-à-dire qu’il n’y a rien dans la nature qui ne soit pas interconnecté.

Notre capacité - et celle de nombreuses autres espèces - à survivre au cours des siècles à travers les fléaux, les famines, les révolutions, le colonialisme et la guerre est fondée sur le génie d’écosystèmes complexes, les chaînes alimentaires, les migrations cycliques et les services naturels. Chacune de ces forces peut contribuer à l’intelligence collective (« Collective Brilliance»), illustrant comment la collaboration et la coordination sont au centre de presque tout ce qui est réussi ou résilient sur terre.

Le monde naturel nous montre comment nous devrions penser et agir en tant que défenseurs de l'environnement si nous voulons que notre mouvement soit efficace à long terme. Les défis auxquels nous sommes confrontés sont énormes ; ils sont beaucoup plus grands que ce que chacun de nous individuellement peut relever. Notre unique espoir est de renforcer l'impact de notre travail à travers une action collective stratégique de partenariats et de réseaux - grands, petits et même improbables. 

Topic: 
Biodiversity
Sustainable development goals

Jon Stryker

Jon Stryker is founder and president of the Arcus Foundation, a private, global grant-making organization with headquarters in New York City and Cambridge, UK.  Founded in 2000, Arcus is dedicated to the idea that people can live in harmony with one another and the natural world. The foundation supports the advancement of LGBTQ human rights, and conservation of the world's great apes and gibbons. Mr Stryker is a founding board member of the Ol Pejeta Wildlife Conservancy in Kenya and Save the Chimps in Fort Pierce, Florida. He also serves on the boards of The Museum of Modern Art, Kalamazoo College and Friends of the High Line, a non-profit organization that funds the maintenance and operations of the High Line park in New York City.  

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